Le Pourvoyeur

 

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. »

 

Vendredi, 11h 

 

«  Tu es là ? Asma ! Ouvre. »
 
Asma se leva tant bien que mal, et faillit trébucher sur la jetée de lit tombée par terre pendant la nuit. 

Elle s’avança vers la porte principale du bel appartement qu’elle habitait depuis quelques mois. 
C’était Inès. Elle laissa la porte ouverte, et rebroussa chemin. Elle était trop fatiguée pour être polie. Vêtue de son pyjama en coton couleur lilas, elle s’assit lourdement sur le nouveau canapé gris du salon. Il avait été fraichement monté par ses amis le week-en dernier. Inès était sur ses traces. 

« Ca va ? dit Inés essoufflée. Elle avait pris les escaliers. Asma habitait au 3eme étage. Meuf désolée de te réveiller, je t’ai appelé 3 fois, tu m’as pas répondu.. bref hier j’ai finis chez Jean après le posage. Il habite pas loin de chez toi, il faut absolument que je prenne une douche, on va déjeuner après si tu veux.. j’ai envie de vomir. 

- Mmm.. maugré Asma en s’étirant. Jeannnnn. Iyeeeeh ! Bon alors c’était bien ? réussit-elle à extraire avec un petit sourire en coin. 

- non. »

La réaction à la fois concise et catégorique d’Inès eu pour effet de les faire pouffer de rire. Inès laisse échapper un rot. Puis mit sa main sur son cœur.

Elles s’étaient retrouvées la veille dans un bar parisien tendance, tenu par deux jeunes trentenaires, entrepreneurs, comme ils aimaient le rappeler. Les deux entrepreneurs : Jean et Philipe. 

Le bar était une institution dans le quartier. On y trouvait beaucoup de jeunes. Et le nom du bar lui allait bien : le pourvoyeur. Il représentait effectivement un remarquable pourvoyeur de mecs. 

Logé dans une rue discrète du 7 eme arrondissement de Paris, ce petit bar constituait l’attraction saisonnière des deux jeunes femmes. En ce début de printemps, les esprits étaient mués par l’envie de s’amuser, et c'est ainsi que les filles marchaient vers leur destinée.

Jeudi,  21h 

 

Mina et Elia arrivèrent ensemble.
Inès et Asma les attendaient depuis une bonne demi-heure à l’intérieur. 
Les 4 filles se connaissaient par la force des choses. 
Asma et Inès étaient amies depuis le lycée. Mina était la cousine d’Asma. 
Inès avait rencontré Elia à Paris et elles étaient devenues bonnes copines. 

Elles n’étaient pas à proprement dire amies, mais les liens se soudaient au gré des rencontres et des saisons, particulièrement dans ces cercles d’étudiants marocains résidant à l’étranger. 

Dans un effluve de parfums sucrés, les deux jeunes femmes s’assirent au bar. Comme d’habitude. 

« Un Gin Tonic s’il te plait, s’impatienta Mina, les sourcils froncés, en direction de l’entrepreneur barman n°1 dont elle ne souhaitait pas forcément se souvenir du nom. Elle balançait ses pieds nerveusement en se tortillant sur sa chaise. D’apparence douce, la jeune femme souffrait d’anxiété chronique. 

- Mais quelle journée de merde ! Il faut absolument que je trouve un stage, pour que je puisse avoir mon diplôme, et me casser de ce trou en beauté ! marmonna Mina. 

- Tu parles dans ta barbe Mina, articule ! fit remarquer Asma. 

- Un trou carrément ! Il est pas mal ton trou rétorqua Elia. J’aimerais bien habiter dans le même genre de trou. » 

Mina ne répondit pas. Elle était trop absorbée à ruminer ses pensées négatives et à boire son Gin To, comme si la boisson aux arômes de genévrier constituait un remède homéopathique à tout ses tracas. 

« Putin les filles je vous ai pas raconté ! s’exclama Elia. Le mec là qu’on a rencontré la semaine dernière m’a parlé..

  - Où ? interrompit Mina, mi distraite mi intéressée, avant de se lever et de laisser les 3 filles en plan.   

  - Elle est folle celle là.. poursuivit Elia en roulant des yeux vers le ciel. Il voulait qu’on aille prendre un verre mais je n’ai pas répondu. J’avais la flemme de sortir, j’avais un bouton sur le front en plus, bref ... 

  - Ben next time, intervint Inès, un peu plus conciliante. Donne lui sa chance. »

Ines en était à son troisième verre de vin. Elle semblait joyeuse. Vêtue d’une longue jupe noire qui laissait deviner des jambes interminables, la jeune femme était curieusement grande pour une marocaine. Elle arborait un maquillage soigné et ses longs cheveux bruns lui tombaient sans grande discipline sur le dos. Elle était belle à en faire frémir plus d’un. 

Elle se dandina sur sa chaise et se colla à Asma, comme pour lui signifier sa gratitude pour ces moments passés entre copines. 

«  Appel Amine, lanca Asma. 
  - Qui ? s’exclama Inès, comme sortie de sa torpeur.  
  - Appel Amine, Inès ! Il m’a appelé deux fois mais j’ai plus de batterie, je pense qu’il veut nous rejoindre. 
  - Non mais là, je ne vais pas appeler Amine, rétorqua Inès. C’est pas le moment. On verra Amine une autre fois. J’ai envie d’être tranquille, je ne vais pas passer ma soirée à surveiller mes arrières, espérant qu’Amine ou les autres rats ne colportent pas le moindre de mes faits et gestes à mon frère. Ça va pas !  
   - Ok. Tant pis ! dit Asma en haussant les épaules. »

Elle tendit la main et attrapa son cocktail, elle but une longue gorgée en regardant barman n°2, Philippe, s’afférer à l’élaboration de cocktails sophistiqués. 
Je préfère barman n°1 pensa t-elle alors que personne ne lui avait demandé son avis. Elle s’imagina l’embrasser à même le bar puis balaya l’idée aussi vite qu’elle lui avait traversé l'esprit. Elle se sentait un peu seule en ce moment. 

Trois jeunes hommes en tenue décontractée rodaient autour du bar, lançant des regards tantôt insistants, tantôt amusés dans leur direction. 

« Ah ces marocaines ! s’exclama Jean, barman n°1 en direction du trio de jeunes femmes. Vous nous faites tourner la tête ! 

- Elle est passée où Mina ? demanda Inès, ignorant la remarque de Jean.  
- Elle parle au téléphone à l’extérieur je pense, répondit Asma.  
- Elle se repoudre le nez aux toilettes lanca Elia, un sourire plantée sur le visage. 
- Mais non, lissa Inès, elle n’en est qu’à son premier verre. » 

C'est quoi son problème à celle-là ? songea Inès, sous prétexte qu’on se connaît depuis trois mois, elle pense avoir le droit de juger mes copines
Mina se fraya un chemin vers elles. Le Bar commençait à se remplir. 

« Désolée les filles, je devais absolument prendre ce coup de fil. J’ai fumé une cigarette dehors avec un charmant jeune homme..» dit-elle en esquissant un large sourire, tout en s’asseyant sur la chaise qu’Elia avait religieusement protégée de la convoitise de leurs prétendants. 

« Bon, on se prend des shots ? Allez shot pour vous les filles annonça barman n°2 qui semblait avoir des vues sur Inès. 
  - Non, non, non ! s’exclama Inès, moi je bois pas de shots. Elle avait l’air paniquée.»

Les 4 filles eurent toutes un mouvement de recul, mais elles acceptèrent les verres. 

Elles écrasèrent les 3 verres minuscules de façon simultanée sur le bar en communion avec barman n°2, Philippe, qui reprit ses activités si tôt le shot bu. 

Seule Elia laissa le sien tel quel. 

« Bon, pour la route » s’exclama Mina en le descendant. Les traits de son visage angélique semblaient plus détendus.


Vendredi 1h00 



Le Gin ayant fait son effet, les malheurs de Mina lui semblaient un peu lointains à présent, comme en arrière plan, dans un coin de sa tête.

Il fallait qu’elle appelle son frère songea t-elle. Elle avait promis à sa mère de le faire. Pourquoi pas maintenant ? Elle s’imagina lancée dans une longue tirade, où elle lui exprimait à quel point il était important pour elle.

La négativité avait laissé place à l’engourdissement maintenant. Elle avait les traits tirés sous l’effet du gin. 

Elia se leva. « Bon les filles, moi j’y vais ! lanca t-elle, lissant ses cheveux noirs de coté. »  

Ce n’est pas trop tôt pensa Inès. On va enfin pouvoir être tranquille. 

« Sérieux dit Inès une fois qu’elle fut partie, je ne l’inviterai plus celle là ! C’est vraiment une coincée. En plus c’est quoi ce prénom ? Depuis quand on appelle sa fille Elia au Maroc ? 
  - Sa mère est espagnol, souffla Mina, qui tentait de distiller l’alcool absorbée par un malheureux verre d’eau demandée à barman n°1- Jean, qui soit dit en passant avait essayé de lui refourguer une bouteille d’Évian. Mais putin pour qui la prenait-on ? Elle se le demandait parfois.

Elle avait trop bu. Comme d’habitude. 

- Ce n’est pas un prénom feuj plutôt ?  s’interrogea Asma à voix haute. - Shuut ! s’exclama Ines. 
- Mais quoi, j’ai rien dit de mal ! s'indigna Asma.  
- J’arrive les filles, je vais aux toilettes répliqua Mina, avant de s’éclipser ». 

Mina revint en compagnie de Barman n°1 qui avait réussi à la convaincre de les accompagner à une soirée. 

Asma n’avait pas la force, elle travaillait lundi, et elle voulait se reposer. 
« Asma tu es sure que tu ne veux pas venir ? Allez viens.. supplia Ines. 
  - Non, les filles, allez-y, je vais rentrer. 
  - bon ok, je n’insiste pas, dit Ines, la bouche pâteuse.» 

Ines colla son visage à celui d'Asma et y planta un baiser baveux, elle empestait l’alcool. Asma détourna le visage, légèrement agacée.

« Tu prends un uber ? soupira Ines
- oui, répondit Asma. Fait attention à Mina. »

Asma les regarda s’éloigner en pouffant joyeusement tandis qu’elle attendait le chauffeur. Elle ressentit un immense sentiment de soulagement, à l’idée de rejoindre son lit. Elle savait que les filles allaient le regretter demain. Elle avait assez bu, prolonger inutilement la soirée aurait des effets néfastes sur son moral, elle ne le savait que trop bien.

Tandis que la berline approchait, le son de la cloche de l’église retentit, 2h00 déjà. 

Certains réussissaient à s’échapper, et d’autres étaient condamnés à avoir de l’endurance.

 

 



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