Chapitre XIII- Agatha

En me glissant dans mon lit ce soir-là, je regardais les étoiles. J'y cherchais un peu de réconfort, violemment percutée par les méfaits de la pêche industrielle, après avoir visionner un reportage sur le sujet.

Je pestais contre mon espèce, dont le souhait sous-jacent résidait toujours dans la maximisation du profit, sans recul par rapport aux conséquences.

La population des mers avait drastiquement baissé sous l’effet de la surpêche et de la pollution causée par les filets, accidentellement ingérés par les poissons. 

J’établissais une connexion avec une baleine du nom d’Agatha, accompagnée de sa petite, dont le nom prenait racine dans le « Tha » d’Agatha. Cette fois-ci, ce fut Agatha qui mena l’entretien.

Elle me demanda pourquoi je l’avais choisie pour cette communication. L’immense mammifère bien qu’impressionnant, dégageait une certaine bienveillance.

La véritable raison tenait à la mention de cet animal dans les livres sacrés. Le cétacé avait avalé le prophète Yunus[1].

Agatha savait instinctivement ma répulsion pour les eaux profondes, elle me renvoya à la raison de cette aversion. La réponse relevait de l’évidence: l’océan, dans son immensité, nous rendait vulnérable.

Il regorgeait d’espèces marines et de menaces tangibles. Ma peur de l’océan était intimement liée à ma peur des profondeurs de l’être, et au désir puissant de rester en surface, le tout agrémenté d’une ambition frivole de m’élever.

Nager dans les eaux troubles, en haute mer, prendre le risque de mourir noyée, ou pire encore, attaquée par un redoutable requin, dévorée comme de la  viande à charogne, relevait du cauchemar.

Au fond, un juste tribut pour l’homme.

Le fruit d'une vie passée à ignorer la souffrance des cétacés et de toutes les autres formes de vie marines. 

Agatha évoqua un mur construit sous la mer, à même les profondeurs de l’océan, qui s’étendait de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud.

Elle me révéla que la construction de ce mur reposait sur des technologies avancées appartenant à une civilisation différente de la nôtre.

Elle semblait plus évoluée, Agatha projeta l’image d’engins métalliques. Je  renvoyais alors l’idée de sous-marins. Mais elle finit par déclarer que cette civilisation était plus sophistiquée.

Selon Agatha, cette civilisation, dotée d'une vision plus holistique de la terre avait construit ce mur grâce à la maitrise de portails multidimensionnels. Cette civilisation maitrisait également la télépathie.

Selon Agatha, l’objet de ce mur était lié aux étoiles. Un lien géométrique était observable entre les deux. Elle m’indiqua la Grande ours.

J’utilisais le reste du temps à parcourir les profondeurs marines, collée à la partie supérieure du corps d’Agatha, qui me guidait, suivie de près par sa petite. 

Dans la pénombre des profondeurs, je tachais de me laisser aller à la beauté de l’expérience. Une expérience aussi sublime que nécessaire.

Agatha, du grec Agathos signifie bonne ou brave.

Je perçus les révélations d’Agatha comme un avertissement pour mon espèce, épuisant sans relâche les ressources naturelles de la terre.

La disparition des grands prédateurs marins entrainerait l’effondrement de la chaine alimentaire du royaume des mers, et à terme, la disparition de l’espèce humaine. 

Notre virée nocturne s’acheva sur la côte, où je restais allongée pendant un moment, contemplant les étoiles. Je repensais à Yunus qui n’avait jamais perdu la foi, même logé dans les entrailles d’une baleine.

Je reçus deux jours plus tard un collier d’une organisation de protection animale. Commandé quelques mois auparavant, les délais de livraison m’avaient presque fait oublier cet achat impulsif.

La chaine dorée du collier portait le pendentif d’une baleine. Le collier, attachée à une petite carte brune affichait le message suivant :

Faites un vœu et mettez votre collier. La baleine est la mère la plus affectueuse de l'océan, un symbole de loyauté et d'amour. Portez votre collier pour vous rappeler de garder votre famille près de vous lorsque vous naviguez sur les eaux de la vie.

Je n’étais même plus surprise de ces synchronicités, qui allaient dans le sens d'une conscience animale supérieurement altruiste.

Une fois de plus, un animal confronté à des problématiques critiques liées à la survie de son espèce était intervenu pour m'apporter du réconfort et cela constituait à mon avis, la plus belle preuve d’amour et de pardon.

Je t’aime Agatha.

 

 

[1] Jonas.


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  • Lazrak Adiba on

    J’adore vos histoires si touchantes, pleines de profondeur et de sagesse. Une leçon de douceur et de modération dans la vie. Merci.


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