Chapitre XII- Samar le Dromadaire

Je fermais les yeux pour apercevoir se dessiner les pattes longilignes d’un dromadaire qui me regardait d’un air paisible.

« Comment t’appelles-tu ? lui demandais-je;

-Samar. » 

Cette fois-ci le nom ne prit que quelques secondes à se former. 

Comme le café pensais-je. Puis la publicité de la marque de café homonyme retentit dans mon esprit. Au Maroc, presque toutes les publicités de mon enfance passaient par des spots publicitaires rythmés d’une musique entraînante « ♫♬ Samar samar ana bahibak mafich....9ehwa ghirek  ». 

 Je procédais alors à la question habituelle :

« Comment puis-je t’aider ?

Samar se lança dans une envolée lyrique.

- Je représente les animaux du désert. Mon lieu de vie se situe dans le sud du Maroc, à Marrakech. Mon espèce existait avant le traçage des nouveaux pays par les puissances du nord.

Les chameaux traversaient le désert de toute part. Transportant cargaison et commerçants. Les nomades ont toujours compté sur nous.

Trouver les oasis, traverser l’enfer du désert, nous effectuons les tâches les plus ardues. Aujourd’hui, nous demandons le respect. Nous sommes le lien indéfectible entre le blanc et le noir, entre le sud et le nord, l'est et l'ouest. 

Nous sommes de sable, au sable nous retournerons. Nous souhaitons être valorisé. Nous souhaitons voir plus d’indulgence de la part de nos Maitres. Je te vois apporter le message, clôtura-t-elle confiante. »

J’eu une vision claire de Lahcen, le maître de Samar. Un turban bleu vif entourait son visage aux traits vieillis par le soleil. Un homme d’une quarantaine d’années que Samar aimait tendrement. Samar chérissait le souhait de voir son maitre s'élever.

 « Tous les animaux le souhaitent, me confia Samar, confiante. » 

Samar était un dromadaire. Une espèce de chameau à une bosse. Le camélidé s’adaptait aux quatre coins du monde, à l'instar de son cousin d'Arabie.

Je vis Samar assise dans un espace ouvert en terre battu dans ce qui semblait être son lieu de vie. Elle n’était pas enfermée dans un enclos ni ne l’avait jamais été.

Elle était tout de même attachée. Cela ne semblait pas la déranger outre mesure car elle se savait liée à Lahcen. Cependant, elle insistait bien sur la dignité qui était dû à son espèce, puisqu’elle représentait seulement les animaux du désert et ne parlait pas pour les autres.  

Elle semblait vouloir que son maître et les autres posent un regard différent sur son espèce. Elle convoitait une certaine reconnaissance. Samar me dit de délivrer un message à Lahcen. Je devais l'inciter à se souvenir de la raison qui l’avait poussé à exercer ce métier. 

Certainement pas par choix, songeais-je amer.

Je m’imaginais déjà à Marrakech, enquêtant de façon aléatoire auprès de dresseurs de chameaux, les interrogeant sur un dénommé Lahcen. Je trouvais la perspective de cette quête un brin fantasque.

J’imaginais ma rencontre fortuite avec Lahcen à qui je délivrais ce message empreint de mystère. Je saisissais la révélation dans les yeux de Lahcen face à ce juste renvoi au souvenir de sa raison d’être et du choix qu’il avait fait naguère de ce métier.

Je voyais quelque chose de grandiose et de touchant, un genre de quête spirituelle aux portes de la ville ocre et de son atmosphère si lourde mais enfin tellement légère pour ceux accoutumés à sa chaleur écrasante. 

Cette même chaleur qui me plaisait et me revigorait. 

Cette chaleur qui me manquait. 

Samar me renvoya l’image d’une carotte, elle souhaitait manger plus de légumes. Samar aspirait à un régime alimentaire moins sec, plus hydratant. 

Elle possédait une énergie altruiste, humble et sereine. 

« Samar, Samar, Ana bahibak ♫♬ ma fich 9hwa ghirek.[1]»

[1]« Samar, Samar, je t’aime, je ne connais pas d’autre café que toi » en référence au spot publicitaire du café du même nom.


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