L'exception

De l’importance de se donner le temps de simplement exister parfois. 

« Half your life is lost in charming others. The other half is lost in going through anxieties caused by others. Leave this play, you have played enough » - Rumi. 

En écrivant cette phrase j’en ressentis toute la puissance et je m’en allais de toutes ces conventions. Mon chemin se dessinait droit devant moi, c’était un sentier que je prenais et qui allait me mener là où je devais être. Je me voyais mille fois par jour le prendre, tandis que je restais cloîtré dans le confort de mon lieu de vie.
Les mondanités étaient mon habitude, j’évoluais dans un large cercle de connaissances et d’amis, et ma vie sociale constituait une formidable distraction.
A chaque fois que l’envie de me réaliser me prenait, je décidais de sortir,  j’organisais une sortie, je proposais quelque chose, je sautais sur la proposition qu’on me faisait sans hésitation. Oui, oui, et encore oui. Bien sûr, cela constituait un non à mes aspirations profondes.
En réfléchissant à ce que je voulais faire de ma vie, je compris qu’à force de dire oui aux conventions, je ne savais plus qui j’étais. La première étape consistait donc à déblayer le terrain afin de cibler mon ambition profonde et ce qui pouvait se rapporter à ma raison d’être[1].
Je savais que j’aimais les livres, je restais à fixer ma bibliothèque assis par terre dans ma chambre de manière récurrente. Si cela pouvait constituer un métier, je l’aurais volontiers exercé : contemplateur de bibliothèque.
Je visualisais déjà ma mission quotidienne qui consistait  à regarder les livres et à en analyser les titres - en retirer un, faire la lecture de son résumé sur la quatrième de couverture, l’ouvrir au hasard, lire un passage, me dire que le destin m’envoyait ce message, m’émerveiller et être empli de gratitude pour les mystères insolubles, avoir hâte de les percer, poser mon livre, avoir le soleil sur mon visage.
J’allais souvent dans le parc en face de chez moi ; j’y avais repéré un arbre.
L’arbre en question me fascinait,  j’avais lu quelque part que les arbres avaient une âme, je décidais ainsi de lui parler et de m’imprégner de son énergie bienveillante. 
J’essayais tout et je voulais arriver à un résultat probant. Je croyais avoir droit à une vie magique. En réalité, je ne m’étais pas encore décidé à faire un choix car je souhaitais vivre différentes expériences, je souhaitais découvrir de nombreuses choses, et la vie regorgeait de possibilités à explorer. 
J’étais tantôt un explorateur parcourant l’Amérique du Sud, tantôt chevronné politicien ou thérapeute apaisé, ayant trouvé la paix intérieure. Dans mon esprit, j’étais toutes ces possibilités et plus encore.
La possibilité d’oser rêver et de visualiser tout ce que je souhaitais sincèrement constituait une belle manière de voyager tout en restant sur place.
Je n’étais rien mais en réalité toutes les possibilités s’offraient à moi.
Dans cette phase de mon existence où je laissais tout sur le plancher, je voulais avancer, et cela passait par l’écriture.
L’honnêteté envers soi même ne venait pas naturellement, il fallait la provoquer, réfléchir à ce qui n’allait pas.
 « Si tu ne dépasses pas tes limites alors tu ne progressera pas .»
Mon frère m’avait fait cette réflexion évidente.  
Cela m’avait induit à analyser le malaise que j’avais face aux activités sportives.
Et parce qu’elles constituaient un formidable moyen de se dépasser et que j’évitais constamment de me dépasser,  je compris soudain que cette aversion feinte pour le sport était en fait liée à ma peur de sortir de ma zone de confort.
 « Tout ce que tu désires se trouve de l’autre côté de la peur » - Georges Adair. 
C’était comme si l’auto sabotage avait été mon compagnon de route pendant toutes ces années. 
Je souhaitais me mettre en route et agir mais je ne savais plus où aller ni pourquoi faire ce choix plutôt qu’un autre. C’est en cela que j’avais besoin de l’aide de ceux qui voulaient bien me la prodiguer. C'était comme si le fait de fournir l’effort d’être moi-même m’avait fatigué d’avance et que cela était réservé aux grandes occasions.
Donner le meilleur de soi-même devrait être un état en soi et non pas une exception. Je décidais dès lors d’être l’exception et non plus le principe médiocre, enfin d’être mon exception, l’être magique qui faisait vibrer mon cœur et me rendait présent.
En ces termes, je pus souhaiter bon vent au principe.
 
 L’exception.
 
 
[1] Ce terme se rapporte à la mission spirituelle de l’être humain sur terre, considérant que nous sommes tous sur terre pour une raison. 

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